Nous ne parviendrons pas à décarboner les économies avec les technologies dont nous disposons aujourd’hui. Car si la transition énergétique se traduit par un appauvrissement des populations, elle n’a aucune chance de succès. Son rejet grandissant aujourd’hui dans la plupart des pays en est l’illustration. Non seulement, il faut se débarrasser des combustibles fossiles, mais il faut leur trouver des substituts qui permettent l’accès de l’ensemble de l’humanité à une énergie abondante et décarbonée. C’est en quelque sorte le thème du dernier numéro du magazine de Transitions & Energies sur les ruptures technologiques.
Pour y parvenir, il faut s’appuyer sur les fameuses trois lois d’Arthur C. Clarke, auteur de science-fiction prolifique et acclamé ((2001 l’Odyssée de l’Espace, entre autres), futurologue, scientifique diplômé en mathématique et en physique, reconnu pour ses prédictions technologiques étonnamment justes et précises. Il a, par exemple, annoncé l’apparition des satellites de télécommunication géostationnaires (en 1945), de l’internet (1964), des téléphones portables (1959)… Un livre qu’il a publié en 1951, The Exploration of Space, a été utilisé par le pionnier des fusées, Werner von Braun, pour convaincre le président John F. Kennedy qu’il était possible pour l’homme d’aller sur la Lune.
Trois lois toujours pertinentes
Les trois observations de l’auteur connues sous le nom des « trois lois de Clarke » sur l’innovation scientifique et les ruptures technologiques restent pertinentes aujourd’hui. Les deux premières se trouvent dans l’essai « Hazards of Prophecy » (L’échec de l’imagination), publié pour la première fois en 1962 dans le livre Profiles of the Future. Ce dernier dressait alors un état des lieux de la science et des technologies et de leurs perspectives. Plus de soixante ans après sa publication, bon nombre de chapitres du livre conservent leur acuité.
Pour en revenir aux trois lois de Clarke, la première, expressément désignée comme telle dans Profiles of the Future, est la suivante :
– « Lorsqu’un scientifique distingué mais âgé affirme qu’une chose est possible, il a presque certainement raison. Lorsqu’il affirme que quelque chose est impossible, il a très probablement tort ».
La définition du terme « âgé » par Arthur C. Clarke était très ironique. Pour les physiciens, mathématiciens et spécialistes de de l’astronautique, il considérait qu’il étaient « âgés » quand ils avaient plus de trente ans ! « Comme le savent tous les chercheurs qui sortent de l’université, écrivait-il, les scientifiques de plus de cinquante ans ne sont bons qu’à participer à des réunions de conseil d’administration et devraient à tout prix être tenus à l’écart des laboratoires ».
L’autre observation de Clarke qui est sa deuxième loi est la suivante :
– « La seule façon de découvrir les limites du possible est de s’aventurer un peu au-delà, dans l’impossible ».
Il l’a établi après avoir dressé une liste d’inventions et de découvertes classées pour certaines comme prévisibles (par exemple, les automobiles, les téléphones, les robots, les machines volantes…) ou totalement imprévisibles (l’énergie nucléaire, les rayons X, la photographie, la mécanique quantique).
Enfin, la dernière et la plus connue des trois lois de Clarke, car la plus poétique, a inspiré de multiples variantes et aussi de nombreuses critiques. Elle est apparue dans une note de bas de page dans la révision en 1973 du livre Profils of the future.
– « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie »
Cette loi est par exemple rejetée par l’auteur de science-fiction et physicien Gregory Benford qui considère lui que « toute technologie qui ne peut être distinguée de la magie n’est pas suffisamment avancée ».