<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le gaspillage de l’électricité en France est une aberration

4 avril 2025

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Solaire Eolien
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Le gaspillage de l’électricité en France est une aberration

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Hors des périodes hivernales de pics de consommation, la France produit, ou à la capacité de le faire à des coûts presque nuls, de très grandes quantités d’électricité décarbonées. Mais elle ne le fait pas du fait des délestages de production presque permanents. Les renouvelables intermittents, éolien et solaire, et les centrales nucléaires sont ainsi des équipements coûteux sous utilisés et de ce fait moins rentables. Ajuster, autant que faire se peut, la demande à l'offre et surtout pouvoir stocker l'électricité en grande quantité limiteraient un gaspillage aberrant de richesse pour le pays.

La surproduction électrique en France et en Europe à certaines heures de la journée du fait des renouvelables solaire et éolien, est un immense gâchis. Cela se traduit par des fluctuations ingérables des prix de gros de l’électricité, des tarifs effondrés et même souvent négatifs pendant les périodes de surproduction, et quelques heures plus tard des prix très élevés quand le solaire et l’éolien ne produisent plus et qu’il faut mobiliser alors en urgence les centrales thermiques à gaz et au charbon pour combler les vides. En outre, les délestages de production renouvelable et nucléaire (en France) se multiplient, c’est-à-dire que de l’électricité produite ou qui aurait pu l’être à un coût marginal qui n’est jamais distribuée et utilisée. Au moment même où la compétitivité de l’Europe est affaiblie face à la Chine et aux Etats-Unis parce qu’elle paye bien plus cher son énergie

Cette situation est illustrée par un post récent sur Linkedin de Stanislas Goubault, ingénieur d’études chez Dalkia et fondateur du Déclic Climatique. Il prend pour exemple la production d’électricité française du 2 avril, une journée parfaitement ordinaire. Les chiffres sont ahurissants. « Aujourd’hui nous avons gaspillé environ 30 GWh d’électricité renouvelable, et nous n’avons pas produit 70 GWh d’électricité nucléaire soit 100 GWh d’électricité bas carbone qui auraient pu être valorisés… », écrit-il. Faute de demande et pour éviter de mettre en danger son réseau, RTE (le Réseau de Transport d’Electricité) a fait écrêter la production photovoltaïque et éolienne et fortement baisser celle des centrales nucléaires, sachant que cette dernière ne coûte presque rien (le combustible nucléaire représente 5% du coût de fonctionnement d’un réacteur). On peut même ajouter que faire fonctionner au ralenti les réacteurs nucléaires a un impact négatif sur leur maintenance et leur sûreté.

Des prix spots de l’électricité à zéro

Illustration des conséquences aberrantes de cette surproduction, le 2 avril entre 11 heures et 17 heures, les prix spots de l’électricité étaient de zéro euro le MWh en France, en Espagne et au Portugal et même négatifs (-60 euros le MWh) en Belgique à 14 heures…

Pour en revenir à la France, dont la capacité de production d’électricité nucléaire est un atout économique indéniable depuis des décennies, si la planification énergétique n’était pas construite depuis des années sur des impératifs politiques à la petite semaine et sur des logiques de communication, l’électricité décarbonée quasiment gratuite produite théoriquement pendant une bonne partie de l’année serait une vraie richesse supplémentaire pour le pays… De la croissance économique et industrielle à portée de main !

Investir dans la flexibilité de la consommation et le stockage

Il y a deux choses à faire explique à juste raison Stanislas Goubault pour ne plus la gaspiller. Faire correspondre, autant que faire se peut, les besoins avec la production intermittente renouvelable et surtout stocker l’électricité en la transformant. Rappelons qu’en fait l’électricité ne se stocke pas vraiment. Elle se transforme de façon mécanique, en remplissant par exemple des barrages avec des pompes, et chimique, via des batteries ou en fabriquant de l’hydrogène par électrolyse de l’eau.

En termes de consommation, il faudrait faire fonctionner le plus possible les ballons d’eau chaude électriques, les bornes de recharge des véhicules électriques, les machines à laver… en milieu de journée. Il faudrait aussi faire alors tourner les équipements industriels et informatiques au maximum.

Et surtout, il faudrait être capables de stocker, c’est-à-dire de transformer les 100GWh perdus pour les réutiliser à d’autres moments. Peu importe si l’efficacité énergétique de la transformation n’est pas optimale. Tout est préférable au gaspillage d’une électricité presque gratuite. Il faut que la France développe son parc de STEPs (Stations de Transfert d’Energie par Pompage), limité aujourd’hui à seulement 3GW et six équipements. EDF investit, mais trop peu et trop lentement avec il est vrai des moyens limités compte tenu de tous les impératifs qui lui sont imposés. Il faudrait aussi, et c’est une tâche presque impossible, que les mouvements écologistes radicaux qui empêchent par la violence tout projet de développement soient amenés à la raison et comprennent que stocker de l’électricité décarbonée est le meilleur moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Si leur objectif est bien celui-là…

Hydrogène par électrolyse et carburants synthétiques

Et puis, il y a la fabrication d’hydrogène par électrolyse et ensuite éventuellement avec cet hydrogène de carburants synthétiques. L’hydrogène vert n’est plus en vogue aujourd’hui, dans le domaine énergétique les modes sont un désastre, mais en dépit de retards d’investissements et de modèles économiques incertains, il s’agit d’un vecteur d’énergie décarboné indispensable qui offre des possibilités uniques. Il permet de produire de l’électricité, si nécessaire, d’être consommé directement pour fabriquer de la chaleur et d’être transformé relativement facilement en un grand nombre de carburants de synthèse et de produits chimiques allant du kérosène au fioul en passant par l’essence ou l’ammoniac.

Plutôt que d’investir dans des parcs éoliens marins dont les coûts de production seront très élevés, il serait plus judicieux de construire des STEPs et des parcs d’électrolyseurs à côté des centrales nucléaires. Mais il faut pour cela expliquer et convaincre et sortir des raisonnements faciles.

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